11.05.2010

Mardi pluvieux

Chers agneaux,

Dans un monde idéal, j'aurais plein de choses à vous raconter et le temps de répondre aux commentaires me serait gracieusement accordé par une instance supérieure. J'aurais le temps de vous entretenir de elles @ centrepompidou, pour la deuxième année, de vous dire comment j'ai appris à aimer les natures mortes il y a quelques années, de partager avec vous les quelques livres que j'ai lus ces derniers jours. Je suis un tout petit peu très fatiguée et j'ai passé mon week-end à dormir. En vérité, j'ai seulement envie de me blottir dans une bergère en écoutant Patricia Petibon (ou des jolis mots tels que : "and through the downcast lashes I see the dull flame of desire") et en dégustant des mincemeat pies avant d'aller faire du vélo sous la pluie pour aller de la maison à la plage. Cette dernière partie du programme sera tout de même mienne dès jeudi matin. En attendant, ce soir, j'enterre sans fleur ni couronne ma vie sociale à l'occasion d'une cérémonie très intime, à laquelle personne n'est convié ; cérémonie à la suite de laquelle je continuerai d'hésiter à acheter une robe charmante pour seulement quinze livres, une paille, mais peut-être le moyen le plus sûr pour éviter que la Grande-Bretagne soit déclassée par Standard's and Poor's (cette robe est vraiment très mignonne, je vous assure).

Dans l'idéal, aussi, il faudrait également que je retouche mon CV puisque j'ai été récemment contactée par un chasseur de têtes, ce qui m'a rendue euphorique pendant environ sept minutes vingt-trois, avant de retomber sur terre. En effet, si je dispose d'une situation stable jusque début octobre, je serai, à cette date, jetée sur le marché du travail, telle Blandine dans la fosse aux lions, et il serait temps que je me préoccupe de cela. (Parce que devenir martyr, très peu pour moi.)

Je replonge doucement dans l'organisation du mariage, mis de côté les deux derniers mois pour cause de travail intensif. Le temps s'égrenne et éloigne les souvenirs, nous joue des tours et se gausse de nous. Il a la bonté, parfois, de me renvoyer quelques années en arrière grâce aux fous-rires commis avec les amies, chères à mon coeur. Nous donner, l'espace de quelques heures, quelques instants, quatorze ans et demi ou bien dix-sept. "En ce temps là, j'étais en mon adolescence / J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance". Nous rendons visite aux nouveaux-nés de notre entourage (trois petites filles en Avril!) et nous dégustons du fromage de brebis, un passe-temps louable, vous en conviendrez. Le temps, là aussi, est un coquin. Il nous tiraille, nous offre des cadeaux à chaque seconde tout en taillant dans notre chair. Je lui ferai lécher mes blessures. Je dessine des volutes fleuries en cherchant activement un cours de danse afin de conjurer le temps de Novembre qui s'est abattu sur nos régions. Une amie délicieuse vous dirait que c'est de ma faute si ce temps contre nature sévit. J'envisage en effet de changer de portable prochainement pour en prendre un avec un abonnement. Cette phrase ne prend tout son sens que lorsqu'on sait que je possède le même téléphone depuis sept ans, un qui fonctionne encore avec une carte (vous savez, un peu comme ce temps lointain où on ne pouvait téléphoner d'une cabine depuis la rue si une carte magique à puce vendue dans les bureaux de tabac n'était pas en notre possession). Bref, autant vous dire que j'envisage une révolution (initiée par la mort lente mais certaine dudit téléphone), ce pour quoi la planète ne peut s'empêcher de réagir violemment. J'ai bien conscience que troubler l'ordre établi ainsi est un acte belliqueux inouï. Pour me faire pardonner, je vais dès mon retour en mon foyer mettre à profit l'absence de soleil pour mieux m'occuper au sommeil. A demain.