22.06.2010


Quart de soupir ; rinforzando. Et cadence parfaite.

Dans un appartement parisien, ou ailleurs, qui sait, entre deux gorgées de ce vin qui donne aux papilles une vie propre et aux sourires quelques secondes supplémentaires, la lumière filtre au travers de vitres qui pourraient être un peu plus propres et deux rayons semblent se frayer avec difficulté un chemin jusqu'aux lattes de parquet. Il s'agit de cette lumière pure qui, emprisonnée dans un appartement, semble donner une vie à tout ce qu'on ne voit pas. Le parquet tremble en apesanteur et la rose solitaire oubliée dans un vase possède la beauté du gisant. Quelques accords résonnent, ou ne serait-ce qu'un pupitre qui vibre par sympathie avec la corde d'un sol caressée de la pulpe du doigt? Ou peut-être n'est-ce qu'une rêverie. Deux silhouettes, en tout cas, paraissent appartenir à l'encadrement de la porte du salon ; légèrement penchées l'une vers l'autre, une question sur les lèvres et une main doucement posée sur un avant-bras vêtu de noir. Ou dévêtu jusqu'au coude, une chemise négligemment retroussée. La main est là, légère, discrète. Si elle se retire, son absence pointera bien plus vivement sa présence passée que sa présence actuelle ne le fait. Le fantôme de la main, peau contre peau, quelques centimètres séparant la vie qui circule -car qu'est-ce qu'un épiderme après tout sinon une enveloppe malléable aussi prête à nous séparer du monde qu'à s'étirer afin de faire résonner ceux qui se ressemblent à la même cadence?-, le fantôme de la main, donc, ne pourra qu'attirer l'attention des deux et faire vivre cette gêne qui empêche les gestes trop spontannés et transforme chaque pensée en manuel stratégique. La question a été posée et l'interrogation qui sourd à la commissure de ses paupières s'apaise lorsqu'elle entrouve ses lèvres et commence à tisser quelques mots sur son souffle, cette colonne d'air qui soutient ses mots, sa vie.

Dis-lui, murmure-t-elle, dis-lui que tu resteras à ses côtés quelques soient ses choix, peu importe ce qu'elle fasse, peu importe ce qu'elle dise, aussi longtemps qu'elle restera fidèle à ce qu'elle est et même si elle s'en éloigne un peu, par moments. Dis-lui que tu seras là. Dans un an, dans cinq ans, dix ans, pour toujours. Que tu seras là si elle change d'avis mais que tu seras aussi présent si elle ne le fait pas. Dis-lui que le nombre de mois et de saisons ne compte pas, que l'amitié est une forme très puissante d'amour et que cet amour peut être perturbant. Dis-lui que si tu dois être dans sa vie, elle voudra un ami comme toi. Même si vous vous connaissez peu, finalement ; parfois il suffit de quelques mots écrits et d'un couple d'heures.

Dis-lui, affirme-t-elle, sa voix plus sûre se faisant porteuse de ses convictions, dis-lui que tu seras son ami au travers des moments douloureux et tout au long des souvenirs heureux. Dis-lui que tu prêteras ton épaule, ta tête et ton rire et que chaque fois que tu la serreras dans tes bras tu essayeras de ne pas prendre ce qu'elle ne souhaite pas donner et de ne pas donner ce qu'elle ne souhaite pas recevoir. Dis-lui que, même si tes poumons te font défaut parfois, lorsqu'ils se referment en étau sous l'effet de la douleur, tu resteras dans sa vie. Dis-lui de ne pas faire trop attention quand tu seras un peu irritable ou que de temps à autre, chaque mouvement du monde te rendra triste.

Sois présent, et espère. Ce sera ta bataille la plus héroïque. Joue de la musique à son âme, écris à son esprit, lis de la poésie à son oreille et demeure intègre. Offre-toi en véritable ami, celui qu'on ne rencontre qu'un fois dans sa vie, lorsqu'on a beaucoup de chance ; ne te perds pas en chemin. Elle t'aimera. Si tu ne connais pas déjà le profond amour de l'amitié, sois surpris par son existence. Si tu l'aimes -et elle chante presque alors qu'elle égrène les mots- dis-lui que tu lui offriras cette amitié qui est encore plus rare que l'amour. Et respecte le sien. Si tu l'aimes, nourris-toi de ce que tu as jusqu'à ce que tu comprennes que tu es devenu l'une des personnes les plus importantes de sa vie. Qu'il n'y ait que de la passion dans tes sentiments mais que chaque morsure de tes lèvres sur tes mots soit empreinte d'un peu de sophrosunê, cette tempérance grecque qui calme les excès de ce romain barbare que nous sommes tous un peu.

Si tu l'aimes, dis-le lui. Mais ne fais pas ce serment légèrement car alors tu devras rester fidèle à tes mots. Si tu l'aimes, sois son ami. Son souffle décroît, ritenuto, ses lèvres qui ont fait saigner le verbe se referment délicatement et la lumière d'été tardive se pose avec une vigueur renouvelée sur la main qui est restée posée sur l'avant-bas offert ; deux sangs battant au son d'une armure complémentaire et selon des mesures chiffrées de la même manière. J'aimerais un ami comme toi dans ma vie.

10.06.2010


Et si vous alliez écouter ça?

Schumann dans toute sa splendeur sur mon petit tumblr

 

Mondnacht

Es war, als hätt’ der Himmel
Die Erde still geküsst,
Dass sie im Blütenschimmer
Von ihm nun träumen müsst.
 
Die Luft ging durch die Felder,
Die Ähren wogten sacht,
Es rauschten leis’ die Wälder,
So sternklar war die Nacht.
 
Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande,
Als flöge sie nach Haus.

Moonlit Night

It was as if the heavens
Had kissed the earth in silence,
And the earth, its shimmering blooms,
Dreamt of heaven alone.

A breeze blew through the fields,
The grain swayed gently
The trees shook softly,
The night was bright with stars.

And my soul
Spread wide its wings
And soared through the silent world
As if flying home.

11.05.2010


Mardi pluvieux

Chers agneaux,

Dans un monde idéal, j'aurais plein de choses à vous raconter et le temps de répondre aux commentaires me serait gracieusement accordé par une instance supérieure. J'aurais le temps de vous entretenir de elles @ centrepompidou, pour la deuxième année, de vous dire comment j'ai appris à aimer les natures mortes il y a quelques années, de partager avec vous les quelques livres que j'ai lus ces derniers jours. Je suis un tout petit peu très fatiguée et j'ai passé mon week-end à dormir. En vérité, j'ai seulement envie de me blottir dans une bergère en écoutant Patricia Petibon (ou des jolis mots tels que : "and through the downcast lashes I see the dull flame of desire") et en dégustant des mincemeat pies avant d'aller faire du vélo sous la pluie pour aller de la maison à la plage. Cette dernière partie du programme sera tout de même mienne dès jeudi matin. En attendant, ce soir, j'enterre sans fleur ni couronne ma vie sociale à l'occasion d'une cérémonie très intime, à laquelle personne n'est convié ; cérémonie à la suite de laquelle je continuerai d'hésiter à acheter une robe charmante pour seulement quinze livres, une paille, mais peut-être le moyen le plus sûr pour éviter que la Grande-Bretagne soit déclassée par Standard's and Poor's (cette robe est vraiment très mignonne, je vous assure).

Dans l'idéal, aussi, il faudrait également que je retouche mon CV puisque j'ai été récemment contactée par un chasseur de têtes, ce qui m'a rendue euphorique pendant environ sept minutes vingt-trois, avant de retomber sur terre. En effet, si je dispose d'une situation stable jusque début octobre, je serai, à cette date, jetée sur le marché du travail, telle Blandine dans la fosse aux lions, et il serait temps que je me préoccupe de cela. (Parce que devenir martyr, très peu pour moi.)

Je replonge doucement dans l'organisation du mariage, mis de côté les deux derniers mois pour cause de travail intensif. Le temps s'égrenne et éloigne les souvenirs, nous joue des tours et se gausse de nous. Il a la bonté, parfois, de me renvoyer quelques années en arrière grâce aux fous-rires commis avec les amies, chères à mon coeur. Nous donner, l'espace de quelques heures, quelques instants, quatorze ans et demi ou bien dix-sept. "En ce temps là, j'étais en mon adolescence / J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance". Nous rendons visite aux nouveaux-nés de notre entourage (trois petites filles en Avril!) et nous dégustons du fromage de brebis, un passe-temps louable, vous en conviendrez. Le temps, là aussi, est un coquin. Il nous tiraille, nous offre des cadeaux à chaque seconde tout en taillant dans notre chair. Je lui ferai lécher mes blessures. Je dessine des volutes fleuries en cherchant activement un cours de danse afin de conjurer le temps de Novembre qui s'est abattu sur nos régions. Une amie délicieuse vous dirait que c'est de ma faute si ce temps contre nature sévit. J'envisage en effet de changer de portable prochainement pour en prendre un avec un abonnement. Cette phrase ne prend tout son sens que lorsqu'on sait que je possède le même téléphone depuis sept ans, un qui fonctionne encore avec une carte (vous savez, un peu comme ce temps lointain où on ne pouvait téléphoner d'une cabine depuis la rue si une carte magique à puce vendue dans les bureaux de tabac n'était pas en notre possession). Bref, autant vous dire que j'envisage une révolution (initiée par la mort lente mais certaine dudit téléphone), ce pour quoi la planète ne peut s'empêcher de réagir violemment. J'ai bien conscience que troubler l'ordre établi ainsi est un acte belliqueux inouï. Pour me faire pardonner, je vais dès mon retour en mon foyer mettre à profit l'absence de soleil pour mieux m'occuper au sommeil. A demain.

27.04.2010


Madrid, el principio

Madrid -il faut que je vous avertisse, mes agneaux-, vous risquez d'en avoir vite marre.

Autant vous dire que mojito, sangria, croquetas de jamón y de gamba, bocadillas y empanadas, ME, Prado, Retiro risquent de vous sortir par les yeux avant peu de temps. (C'est peut-être déjà le cas mais alors vous n'êtes absolument pas compréhensifs et vous ne méritez pas d'être mes lecteurs adorés.)

Madrid, c'est la ville pour laquelle le volcan se calme (bien sûr que c'est pour NOTRE vol que le volcan a cessé d'être en éruption ou, pour adopter la terminologie qui est devenue la notre sous l'influence de Camille qui ne cesse de réinventer la langue française, que le volcan a cessé d'éjaculer). Madrid, c'est la ville qui nous offre avant tout un périple digne des plus grandes épopées avant même d'arriver à l'aéroport. Ulysse peut aller se rhabiller. Quoique, en dix ans, on a le temps de faire un sacré nombre de fois en poney le trajet Paris-Madrid.

Périple, disais-je, complet : odeur de brûlé, pneu qui fume, cric utilisé de façon originale, garagiste d'urgence que nous aurions embrassé s'il avait ressemblé à Romain Duris/Julian Casablancas/un fan de la langue polonaise (rayer la mention inutile), sans oublier le bouchon qui fait toujours plaisir sur l'A86 suite à un accident et la ré-impression in extremis des cartes d'embarquement (encore un coup du volcan en érection).

Je ne compte plus les fous-rire, à Madrid, mais je peux vous dire que ça valait la peine de chanter "I believe I can fly" dans l'avion, au départ. Heureusement pour les gens qui, comme nous, avaient pris la compagnie des pauvres (mais nous c'était pour donner le change), nous ne nous souvenions que de deux phrases. En revanche, je pense que ceux qui nous ont entendues chanter "Pour un infidèle" à l'entrée du marché du Rastro ne s'en sont toujours pas remis.

De Madrid, j'ai ramené un nombre indécent de nouveaux habits (mais c'est l'Espagne, c'est permis, le cours de l'euro y est fort intéressant) et mille autres choses. Nous avons pour politique première de contribuer très efficacement et, il convient de le dire, avec dévouement, à la relance économique au sein de l'espace Shenghen. Les euros version espagnole ont été reversé directement entre les mains de la population locale (c'est ça, le commerce de proximité) sans repartir en France (ça, c'est l'anti-mondialisation) mais mon banquier ne pourra rien me dire (et ça, c'est à cause du protectionisme et des contrôles aux frontières).

De toute façon, je ne sais déjà pas comment justifier à moi-même l'achat d'un vernis à ongles jaune que je préfère n'en parler à personne. Ou presque. (Mais il est beau et il va divinement bien avec le bleu que j'ai acheté en même temps.) (Si ce n'est pas une raison suffisante, je ne sais pas ce que c'est.)

Il faisait un minimum de trente degrés, le ciel était bleu, l'Iphone a fait des prévisions météorologiques pourries et fausses, l'ordinateur à l'hôtel n'avait pas de souris donc ce n'était pas possible de mailer/twitter/facebooker (horreur, malheur, catastrophe) (mais nous nous sommes consolées en inventant nos propres tweets et en se les confiant mutuellement) (hihihi, nous sommes drôles) mais notre SUITE était formidable, la salle de bain absolument démente et le petit-déjeuner un don du ciel. Je désire y retourner ne serait-ce que pour manger tous les jours des fruits frais, du fromage et du pain copieusement pour ne rien manger avant 18 heures (sauf une ou deux glaces mais comme c'est froid, c'est comme de l'eau donc c'est permis), heure à laquelle je boirais (oh, infortuné conditionnel!) tous les jours une boisson des Dieux dont je vous reparlerai. (Le chemin de mon ventre est aussi la clef de mon coeur, les espagnols l'ont bien compris.)

Je pense monter un marché noir du traffic des baies de goji (bayas de goji, ô lecteur international) avec l'Espagne parce qu'il y a une différence d'à peu près 500% avec les prix pratiqués par Naturalia dont le PDG doit bien se faire plaisir avec ses dividendes en fin d'année (je suis nulle en pourcentages mais bon, l'idée est là), et y retourner acheter 122 000 ballerines et 12 sacs (parce qu'il faut savoir être raisonnable).

A Madrid, j'ai fini un livre que j'ai beaucoup aimé de Somerset Maugham (qui, je maintiens, s'appelle bien William) et je suis aussitôt passé à des lectures de fond comme Cosmo en espagnol, parce qu'il faut s'imprégner de la culture locale. Bon, on a légèrement parcouru ABC aussi mais pas trop non plus. Garcia Lorca était avec nous, de toute façon, puisqu'il y a de la poésie dans chaque souffle du monde.

On a aussi parlé d'art et j'ai un tout petit peu pleuré dans un musée mais on n'est pas trop sérieux ici aujourd'hui, donc on en parlera une autre fois. Très vite, c'est promis.

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21.04.2010


La réponse!

Toute personne ayant participé et souhaitant recevoir une carte n'a qu'à se manifester dans les commentaires. Même ceux qui n'ont pas gagné. Si les avions volent bientôt, que je peux partir comme prévu et que je ne suis pas trop occupée à boire des mojitos en short sur la Plaza Mayor, la carte promise viendra même d'Espagne. Sinon, ça sera un peu moins exotique (mais vous serez contents quand même parce que ça viendra de moi, par principe.) Pour les adresses des voulants, il suffit de me les envoyer à apeinemabougieeteinte at yahoo dot fr.

Les gagnants (parce que j'ai grand coeur et compassion infinie, plusieurs catégories ont été créées) :

- catégorie véracité : Flo

- catégorie évolution : JS

- catégorie drôle : Romain

- catégorie imagination : Camille (Je n'avais pas précisé : les deux)

- catégorie la plus éloignée de la réalité : Douce-Amer

Enfin, voici la bête qui est sortie il y a assez peu de temps du sol pour ses sept mois de vie à la surface. Elle a très faim depuis que le soleil est revenu. (En même temps, je voudrais vous y voir après six mois d'hibernation. J'avais dit que je ne mangeais pas une semaine avant Madrid (on croise les doigts pour que les avions volent d'ici vendredi) mais je n'ai pas tenu plus de deux heures.)

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Son petit nom? Cogito. Oui, oui, d'après "Cogito, ergo sum". On s'est dit que c'était parfaitement adapté à cet être vif à l'esprit fulgurant. (Nous sommes des comiques dans la famille.) (Ca ne vous fascine pas, vous aussi, cette petite langue rose toute mignonne à l'intérieur d'un animal aussi ignoble?)

Sinon, c'est un peu dur en ce moment de trouver du temps plus de 30 secondes pour vous écrire, mes petits agneaux, parce que je passe ma vie au travail. J'oscille entre exaltation intense parce que 98% du temps j'adore mon boulot et dépression instantanée car, à 1%, parfois, c'est nul et ils sont méchants, et pour la fraction restante, parce que je flippe grave (comme disent les jeunes) pour mon avenir. (Cette dernière fraction est en réalité de l'ordre de : variable. Entre 1% et 170%.)

Heureusement, au travail, ils ont instauré une poubelle de tri sélectif des papiers dans chaque bureau qui me fait pâmer de bonheur à chaque fois que mon regard tombe dessus (souvent). C'est bien simple, j'ai des frissons d'exaltation quand je lis ce qu'il y a d'écrit sur le couvercle, à savoir "ici commence une deuxième vie pour vos papiers de bureau". J'exerce une des profession qui est, je pense, la plus dispendieuse dans l'utilisation du papier. Et donc irresponsable. Mais nous sommes réellement obligés d'imprimer quinze versions de 150 pages chacunes pour n'en garder qu'une de treize pages. C'est frustrant et terriblement agaçant. Un autre jour je vous parlerai des gens qui fument dans leur bureau mais c'est une autre discussion et je suis déjà assez énervée comme ça par la consommation de papier.

Il y a à peu près un mois, j'avais accompagné Camille à une petite sauterie organisée par Garnier (et Greg) pour parler Eco-Emballages dans la salle de bain. Outre le fait que c'était très intéressant et que j'avais été honteuse de ne trier ma poubelle de salle de bain qu'une fois sur deux, j'avais passé à peu près deux heures (soit l'intégralité de ma présence au très chouette show room d'une très chouette rue du 6e arrondissement) à clamer que je trouvais l'initiative absolument géniale et que ça devrait être plus répandu parce que "dans mon boulot, personne ne trie jamais rien". Et mon boulot est formidable puisque quinze jours après j'avais ma poubelle supplémentaire, rien que pour les papiers.

Entre ça, la vue de la terrasse sur le tout Paris et la proximité du parc Monceau, je ne sais pas ce qui est le plus fabuleux. (Réponse : la proximité du Parc Monceau.) Du coup, je suis tiraillée parce que ce soir je suis invitée à un dîner organisée par une amie très chère en présence d'une autre amie très chère sur le thème "je hais mon boulot" (mes amies ont de l'humour). Je ne sais pas quoi faire. A part y aller et installer un bandeau publicitaire ici, au cas où, qui proclame : ce n'est pas vrai, je vous aime, vous êtes formidables, le travail aussi, embauchez-moi vite, très vite (et payez-moi raisonnablement).

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15.04.2010


Brêve de boulot

Un associé d'un grand pays au-delà de l'Océan, dont le séjour touristique en France touche à sa fin et avant de passer à Paris demain pour le travail :

 

(par mail généralisé et absolument sérieux)

 

- Dites, j'ai acheté six bouteilles de vin à Saint Emilion mais on m'a prévenu que c'était délicat à transporter pour retourner dans mon grand pays au-delà de l'Océan.

J'ai donc une question : pouvez-vous me conseiller un moyen de les transporter ou dois-je tout boire avant demain?

 

 

OMFG, comme on dit dans le grand pays au-delà de l'Océan.

08.04.2010


Oiseau...

Aux personnes qui arrivent sur mon blog en tapant "paroles de l'oiseau dans le chant", je voudrais dire que je n'ai pas encore la réponse mais que j'y travaille... J'ai juste un peu de mal avec l'accent tonique.

(Mais le contrepoint est formidable.)

J'ai des chocolats à finir alors je reviendrai quand mes placards seront vides.

(Sinon, j'ai très envie de musique espagnole en ce moment en prévision de mon voyage de la fin du mois. J'écoute donc des sarabandes à ne plus savoir qu'en faire. Des conseils de chefs-d'oeuvre qui m'auraient échappés?)

02.04.2010


Dans Causette, il pourrait y avoir...


http://vimeo.com/10621066

 

(Essai. Ca devrait être ma vidéo pour Océane, dans le cadre du concours Causette (le magazine "plus féminin du cerveau que du capiton"). J'ai beaucoup ri. Je reviens dans la journée mettre des vrais mots là-dessus (car je n'ai jamais lu Causette mais c'est l'occasion de changer ce lamentable état de fait) mais ce n'est pas sûr - j'ai une blinde de boulot. Sinon, (lien fabuleux pour regarder ce chef-d'oeuvre).

 

(Sinon, je vais répondre aux commentaires, je vous assure.)

26.03.2010


Pour occuper les Parques.

J'aurais voulu vous parler de La Nuit aux Etoiles, de Shobhaa De (chez Actes Sud). Pour reprendre le titre du papier de Courrier International qui en parle, ça mélange "femmes en politique, liberté sexuelle ou droit à l'irrévence". Ca se passe en Inde. C'est salutaire.

Le tag sur le rose est à l'état de néant.

Ce midi, j'ai très mal mangé et je déteste ça. (Pauvre petite chérie.) (Mais j'avais envie de tester la salade coleslaw au curcuma.) (Je ne vous y encourage pas.) (Sauf pour l'amour de la science.)

Je passe beaucoup de temps sur twitter : c'est par . (Surtout aujourd'hui parce que j'ai un appel très important à faire pour boucler un dossier et que c'est occupé depuis hier. Je perds donc beaucoup de temps.)

La crise existentielle du jour est liée à la limitation à deux cents livres sur Librarything lorsqu'on n'a pris qu'un abonnement gratuit. Sérieusement, 200 livres? C'est ridicule.

J'ai vu un ragondin ce midi et Emeline a entendu la Marseillaise : il s'agit nécessairement d'un message caché pour soutenir François Morel et ces pauvres bêtes vilipendées que sont les ragondins (esprit de Rosa Luxemburg, es-tu là?). Une discussion sérieuse est en cours concernant la place des loutres dans la classification des bêtes prolétaires. Un comité sera très certainement nommé. Toute opinion sur le sujet est la bienvenue.

Côté musique, je vous incite à écouter l'Oratoire de César Franck. C'est bon pour l'âme. (Je crois qu'on peut le trouver dans youtube en cherchant avec César Franck et le début des paroles.) (Mais je ne suis pas catégorique, je confonds peut-être avec un de mes CD.) (Les paroles de début, classiques comme dans tout oratoire : dextera domini fecit virtutem, dextera domini et exaltavit me.) (La musique sacrée ne s'est jamais vraiment renouvelée concernant les paroles.) (Bande de fainéants.)

J'espère partir tôt du travail ce soir. Vraiment tôt. (Monsieur le dieu du travail, ça veut dire 18h30, pas 20h.) C'est que j'ai du champagne à acheter. (Ou du jus de raisin, hein, on verra.)

En parlant de raisin, j'ai goûté mercredi une liqueur de raisin en provenance directe de la Franche-Comté qui était absolument délicieuse. Soixante degrés de bonheur. Je me découvre depuis quelques années un goût pour les alcools fort qui supplante celui que j'avais pour les alcools sucrés et doux en bouche. Pour vous dire la vérité, quelques gorgées d'un très bon whisky sont suceptibles de faire mon bonheur. Je crois qu'une mutation génétique s'est effectuée à mon insu lorsque j'ai visité la distillerie de Glengoyne après six jours de marche sur la West Highland Way. (Je veux retourner en Ecosse.)

23.03.2010


La buée d'un baiser

Le souffle court, la main égarée, je tâtonne et ma peau se souvient d'un replis de la tienne, du grain de beauté sur le côté droit de ta poitrine et de ton pied glissant lentement le long de ma jambe.

J'ai rêvé de toi, hier, je rêve éveillée, parfois, et cherche à m'enfoncer le plus souvent possible dans ce monde qui s'anime pour moi devant ces brefs aperçus d'un corps délié sans être anguleux, d'un sourire en coin, d'un coup-de-pied un peu tordu. J'ai la sensation fugace de sentir ton souffle dans mon cou, une impression de lèvres sur le lobe de mon oreille. Je jurerai avoir senti tes dents, l'espace d'une demi-seconde. Les draps sont défaits lorsque je me réveille, moi qui d'habitude -une fois installée pour la nuit- suis semblable à une pierre tombale : pas de mouvement, pas de rêves. Depuis quelques mois pourtant, mes rêves me font monter le rose aux joues et un sourire ému sur mes lèvres pâles.

Deux fois sur trois, je dois me pincer pour me persuader qu'il ne s'agit que d'un rêve. Est-ce la buée d'un baiser, sur mon oreiller? J'étais certaine d'avoir tressé mes cheveux, hier...dénoués en de grandes anglaises, ils me réveillent en se prenant dans ma bouche et mes narines, me volent mes images, m'étouffent. Et ce doux murmure à mon oreille, comme celui d'un coquillage lorsqu'on y écoute, recueilli, la mer, ce ne peut être seulement l'eau qui coule depuis la pomme de douche le long de mon visage, n'est ce pas?, puisque j'y entends ta voix.

Le crissement de ta paume contre mon genoux, la douceur de ton dos contre ma poitrine, un mordillement hâtif sur l'épaule qui donne naissance à une rougeur diffuse, je suis certaine de l'avoir vécu il y a quelques heures. On me répète qu'il ne faut pas que je passe ma matinée au lit mais si j'ai envie, moi, d'y rester quelques heures de plus tous les jours, les paupières à demi-closes, pour faire semblant de dormir encore! Qu'y puis-je, après tout, si le poids des couvertures est le seul qui me donne l'illusion d'être engloutie toute entière dans mon rêve, dans tes bras? Alors qu'en pleine journée je peine à me souvenir du son de ta voix et de la teinte exacte de tes cheveux ma peau assoupie, endolorie, se rappelle que tu avais l'habitude de m'attirer contre toi avant de t'endormir en me souhaitant bonne nuit. C'est ce corps fantôme que je sens, ta barbe de fin de journée sur mon front, râpeuse, la douceur de ton cou contre mes lèvres, l'os de ton épaule contre la mienne, ta main calleuse en coupe sur mon sein, et c'est ton pied qui me dérange alors que je lutte pour trouver le sommeil.

J'ai quatre-vingt six ans, et on m'empêche de te rejoindre.

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