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31.05.2010


Requiem pour un con

Stupide. Il l'était tellement que ça passait, au premier abord, pour du talent.

Egoïste, orgueilleux -le moindre de ses torts!-, étriqué, imbu de son esprit et cultivant le mystère, il avait tous ces défauts que même une ironie mordante ne peut rattraper. Quel dommage que cette ironie ait été absente de ses quelques qualités! Présente, il aurait pu faire illusion plus longtemps, à savoir quelques heures et surtout par écrit. Une façade morcelée pour cacher la misère, aux stucs en lambeaux et aux dorures passées, digne de ces bâtiments au-delà de tout espoir de rénovation qui se putréfient sur pied et s'enfoncent lentement dans la vase de la lagune de Venise.

Une coquille vide, un être insignifiant : l'essence même de son âme. Il s'approprie ce qu'il croit être les croyances des autres et s'en nourrit voracement, il s'imagine maîtriser leur raison et la plie à ses pulsions. Il ne désire rien tant que d'énoncer ces phrases, mâchées et régurgitées, comme autant d'apophtegmes dont il ne sera jamais l'auteur. Il s'habille de pensées qui ne sont pas les siennes et se cache derrière des mots qui ne lui appartiennent pas. C'est là lâcheté suprême.

Il croit marquer son chemin où qu'il aille. Ne te leurre pas, souhaite-t-on lui crier, ne te leurre pas, tu ne marques rien et encore moins les vivants. Personne n'emportera rien de toi, pas même l'ombre d'un souvenir désagréable. Une irritation, à la limite, de celles que provoquent les chatons et graminés divers des champs de blé qui s'accrochent à tout ce qui les frôle, avec insistance mais sans discernement. Rien d'assez persistant pour provoquer une réminiscence douce-amer,

Je t'enterre d'ores et déjà sans fleur ni couronne, encore moins de larmes et, je dois l'avouer, avec une certaine jubilation. La terre n'est pas moins vide sans toi. Ton égo surdimensionné croit sans doute encore que tu y as ta place. Débats-toi, tant que tu le souhaites, mais ne pense pas faire autre chose que sombrer car tu cours vers la seule issue possible : la mort sans espoir d'immortalité.

23.05.2010


Soleil dominical et délicieuse oisiveté

 

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Courses à Longchamp et robe de circonstance. Un hippodrome en pleine effervescence.

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Soleil à la maison, brunch, courses dominicales et fleuriste fermé.

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Clématites en pleine floraison et muguet tardif.

 

20.05.2010


"Deux étions et n'avions qu'un coeur"

 

I have of sorwe so grete woon

That joye gete I never noon

Now that I see my lady bright

Which I have loved with all my myght

Is fro me deed and is a-goon.

 

Allas, Deeth, what ayleth thee

That thou noldest have taken me

Whan thou toke my lady sweete

That was so fayr, so fresh, so fre,

So good, that men may wel se

Of al goodnesse she had no meete.

 

(Chaucer, 1340-1400)

 

Chaucer est véritablement le meilleur poète de la langue anglaise. J'aime le lire, le relire, et trouver en chaque vers de quoi chanter, une mélopée incomparable, un oeil intense et vif, un pouvoir d'observation et d'analyse immense. Et un petit air de François Villon (1431-1463), grâce aux racines communes de leur poésie...

11.05.2010


Mardi pluvieux

Chers agneaux,

Dans un monde idéal, j'aurais plein de choses à vous raconter et le temps de répondre aux commentaires me serait gracieusement accordé par une instance supérieure. J'aurais le temps de vous entretenir de elles @ centrepompidou, pour la deuxième année, de vous dire comment j'ai appris à aimer les natures mortes il y a quelques années, de partager avec vous les quelques livres que j'ai lus ces derniers jours. Je suis un tout petit peu très fatiguée et j'ai passé mon week-end à dormir. En vérité, j'ai seulement envie de me blottir dans une bergère en écoutant Patricia Petibon (ou des jolis mots tels que : "and through the downcast lashes I see the dull flame of desire") et en dégustant des mincemeat pies avant d'aller faire du vélo sous la pluie pour aller de la maison à la plage. Cette dernière partie du programme sera tout de même mienne dès jeudi matin. En attendant, ce soir, j'enterre sans fleur ni couronne ma vie sociale à l'occasion d'une cérémonie très intime, à laquelle personne n'est convié ; cérémonie à la suite de laquelle je continuerai d'hésiter à acheter une robe charmante pour seulement quinze livres, une paille, mais peut-être le moyen le plus sûr pour éviter que la Grande-Bretagne soit déclassée par Standard's and Poor's (cette robe est vraiment très mignonne, je vous assure).

Dans l'idéal, aussi, il faudrait également que je retouche mon CV puisque j'ai été récemment contactée par un chasseur de têtes, ce qui m'a rendue euphorique pendant environ sept minutes vingt-trois, avant de retomber sur terre. En effet, si je dispose d'une situation stable jusque début octobre, je serai, à cette date, jetée sur le marché du travail, telle Blandine dans la fosse aux lions, et il serait temps que je me préoccupe de cela. (Parce que devenir martyr, très peu pour moi.)

Je replonge doucement dans l'organisation du mariage, mis de côté les deux derniers mois pour cause de travail intensif. Le temps s'égrenne et éloigne les souvenirs, nous joue des tours et se gausse de nous. Il a la bonté, parfois, de me renvoyer quelques années en arrière grâce aux fous-rires commis avec les amies, chères à mon coeur. Nous donner, l'espace de quelques heures, quelques instants, quatorze ans et demi ou bien dix-sept. "En ce temps là, j'étais en mon adolescence / J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance". Nous rendons visite aux nouveaux-nés de notre entourage (trois petites filles en Avril!) et nous dégustons du fromage de brebis, un passe-temps louable, vous en conviendrez. Le temps, là aussi, est un coquin. Il nous tiraille, nous offre des cadeaux à chaque seconde tout en taillant dans notre chair. Je lui ferai lécher mes blessures. Je dessine des volutes fleuries en cherchant activement un cours de danse afin de conjurer le temps de Novembre qui s'est abattu sur nos régions. Une amie délicieuse vous dirait que c'est de ma faute si ce temps contre nature sévit. J'envisage en effet de changer de portable prochainement pour en prendre un avec un abonnement. Cette phrase ne prend tout son sens que lorsqu'on sait que je possède le même téléphone depuis sept ans, un qui fonctionne encore avec une carte (vous savez, un peu comme ce temps lointain où on ne pouvait téléphoner d'une cabine depuis la rue si une carte magique à puce vendue dans les bureaux de tabac n'était pas en notre possession). Bref, autant vous dire que j'envisage une révolution (initiée par la mort lente mais certaine dudit téléphone), ce pour quoi la planète ne peut s'empêcher de réagir violemment. J'ai bien conscience que troubler l'ordre établi ainsi est un acte belliqueux inouï. Pour me faire pardonner, je vais dès mon retour en mon foyer mettre à profit l'absence de soleil pour mieux m'occuper au sommeil. A demain.

07.05.2010


La Reverencia

Parce qu'une ville polie tire toujours sa révérence avec distinction...nous aurions pu finir en chansons, probablement des comptines enfantines ou ces tubes qui nous ont fait dansé dans les années 90, jadis, mais ce sera en images que nous dirons au-revoir à Madrid, ici. Un petit peu parce qu'on m'a réclamé des photos de nourriture, un petit peu parce que j'aime penser qu'il y a tout juste deux semaines, à cette heure-ci, nous atterrissions. J'allais dire que j'aimais les fins nettes, celles qui permettent de tirer un rideau qui n'est plus agité que par une brise de souvenirs quand on les laisse se rappeler à nous mais ce n'est pas tout à fait exact. J'ai à mon actif de très belles fins effilochées, de jolis coupons qui ont perdu insidieusement leur couture et qui petit à petit se sont dispersés au vent, sans remords. Je préfère les fins nettes, comme ici pour mieux revenir et pour la plupart des choses, certes, mais je ne suis pas contre une fin qui n'en est pas une, tant qu'elle fournit de beaux souvenirs, la certitude de ne pas se trouver entre deux portes ouvertes, un sourire de temps à autre et au coeur, un peu de cette amertume marine que l'Empereur a gardé après avoir contemplé la dernière peinture de Wang-Fô. (Je vous en conjure, aimez Marguerite Yourcenar. Une femme qui a fait dire à l'un de ses personnages que ses premières patries furent les livres a tout compris à la littérature.)

Adieu, ces trois jours, et place aux souvenirs. Sint ut sunt.

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06.05.2010


Madrid, por supuesto

 

Mes tendres agneaux, j'ai été absente mais ce n'est pas totalement de ma faute. Voyez-vous, je suis retournée travailler dimanche toute la journée, je sors tard tous les jours, je mange devant mon ordinateur et ce matin je me suis levée à 6h20 pour arriver plus tôt au travail. Demain matin je remets la même parce que je pars samedi matin chez mes géniteurs et il est hors de question que j'annule ce week-end, court, certes, mais pendant lequel j'ai prévu de dormir au moins 128 heures (et de soigner l'entorse que je me suis faite inexplicablement dans la nuit à un de mes orteils et dont je ne me suis aperçue qu'en milieu de matinée, parce que j'avais vraiment mal. Après avoir mis des chaussures à talons, donc. Du genre, quatre heures après). La semaine prochaine risque d'être à peu près sur le même modèle, en pire, vu que j'aurais sans doute 12 526, 35 heures de travail en trois jours mais après, je vais voir la mer et croyez bien que rien ne pourra m'arrêter de me baigner absolument tous les jours, deux fois par jour. (C'est un grand mystère de l'univers : j'aime ma douche bouillante mais je chéris la mer à quinze degrés.)

Tout ça pour vous dire que la fin de Madrid a tardé. Finalement, ce n'était peut-être pas plus mal car j'avais les nerfs à fleur de peau et replonger dans mes souvenirs madrilènes n'aurait sans doute pas allégé ma nostalgie.

Un samedi, donc. Il y a presque quinze jours. Onze heures de marche, après avoir volontairement remis les clefs de notre parcours à notre madrilène de coeur. (Elle croyait donc que je ne l'avais pas remarqué, ce besoin viscéral de nous dessiller doucement les paupières devant les beauté de sa ville? Pourquoi aurions-nous répondu dès la veille que nous n'avions aucune préférence pour aucun quartier, si tel n'était pas le cas...) Elle a formidablement relevé le défi. En premier lieu, d'un commun accord, Madrid à la fraîcheur première du jour qui s'éveille, quelques oiseaux dans les rues, les vestiges du vendredi soir sur les trottoirs et ces façades, offertes, qui se donnent à nous sans retenues sous la touche délicate du soleil levant. La Plaza Mayor rien qu'à nous (et quelques autres âmes vivantes, inaperçues dans notre félicité) et deux chevaux. Garcia Lorca qui a si bien écrit sur la nuit ("En la noche, platinoche, noche que noche nochera") nous offrait la lumière, un rêve devenu réalité pour l'une de nous et la liberté avec son oiseau. Les bois colorés du jardin d'enfants adjacent, sur notre chère Plaza Santa Ana, donnaient de la profondeur au ME, tout de blanc vêtu dans la clarté laiteuse des premières heures de la journée. Nous y revînmes onze heures plus tard, bercées par les teintes plus sombres de la nuit, pour boucler les heures. Plus tard, j'y reviendrai.

Un peu de shopping, tout de même, Zara se dressant à tous les coins de rue (un peu plus un peu plus un peu s'est transformé en beaucoup trop) mais surtout le barrio de Chueca, entre carte postale et mouvement incessant. Une enfilade de rues si belles que l'oeil ne sait où se fixer, de rues si semblables que la tête ne sait plus d'où elle vient et soudain, comme un clin d'oeil, un manequin nu sur une terrase, des chaises fixées, sans pieds, au balcon lui-même pour ne pas perdre de place et un mur ocre hypnotisant. C'est d'un commun et tacite accord que nous avons laissé les cartes pliées au fond de nos sacs pour découvrir au petit bonheur la chance ce quartier. Lecteur, tu ne le sais pas mais j'ai un tellement bon sens de l'orientation que je n'ai jamais été totalement étonnée de me trouver là où nous étions, mais notre découverte nous a permis de toucher du doigt le plus délicat aspect de Madrid.

Au Mercado de Fuencarral, musique, chose bizarres, choses très bizarres et choses étranges se cotoyaient dans une joyeuse mixité. Heureusement, des portes-clefs en forme de playmobil y vivaient. Heureusement. Après, beaucoup de choses à chérir, dans mon souvenir, mes photos mentales et les vraies, les quelques unes de l'appareil photo dont j'avais oublié le chargeur à Paris. Le moyen sans faille de m'apercevoir qu'en fait, je pouvais dire sans problème que j'avais besoin d'un chargeur universel pour mon appareil chez le vendeur (qui s'est trompé, certes, mais qui m'a remboursé sans défaillir quelques heures plus tard). Guernica, beaucoup d'émotion, quelques larmes, Miro aussi, une envie de décapiter consciencieusement tout en versant de l'acide dans leurs orbites le groupe de lycéens français pitoyables (l'un d'entre eux a touché une oeuvre. Touché. Avec ses doigts, pas avec ses yeux. A 17 ans. Probablement bien plus, finalement. Atterrée. Mais aussi trop prise ailleurs, dans mes émotions, dans mes souvenirs, dans mes folies d'art pour trop y faire attention. Les Ménines, les Maja. Habillée et nue, si belles, si provocantes. Tellement d'autres aussi, mais pourquoi mépriser les chefs-d'oeuvre ? Je ne me lasse pas de la beauté. Et un immense mobile de Calder. Quoi de mieux pour apaiser l'âme? Entre vibrations de la découverte et apaisement de la contemplation, bien sûr. Le Retiro, à deux pas, nous a une nouvelle fois ouvert son écrin.

La nuit, insidieusement, a déployé son manteau. Trois robes courtes plus tard, six talons de dix, des jambes nues et trois jeunes femmes heureuses, nous étions au ME. Misha Barton s'y est faite photographier il y a deux jours, inutile de dire qu'elle a plus d'un sibérien-express de retard. Les trois meilleurs mojitos du monde, sans contestation possible. Le goût de la perfection a ceci de magique qu'il vous empêche de chercher à le retrouver ailleurs. Plus de mojitos, jusqu'à la fin du séjour, mais plutôt des jarras de sangria. Diego, Pepe et Jésus, les mojitos magiques, sont restés les seuls, jusqu'à notre retour. L'an prochain à Madrid, savez-vous... 

Cette terrasse de rêve, le regard sur Madrid, les rires des amies, les confidences et les stratagèmes, refaire le monde, ne parler de rien de sérieux, sentir l'air du soir sur sa peau et l'odeur de Madrid mâtinée à celle du teck et un ascenseur aux reflets bleutés, comme une touche de Lynch, moins le silence. Nous devions danser et rentrer à l'aube et ce sont des tapas qui ont recueilli nos membres inférieurs harassés. Une adresse, un petit bijou, que vous me permettrez -au moins aujourd'hui, n'est-ce pas?- de garder secrète, le temps de quelques battements de coeur. Une révélation sous forme de fromage et d'épinards, nos fameuses croquetas et autres délices nous ont été servis avec toute la célérité du monde. Nous n'en demandions pas tant. On m'a dit que les alcooliques parlaient avec poésie de leur drogue, quelque part du côté des commentaires chez une de mes comparses. Les mojitos n'étaient pas la seule.

Un autre marché, plus bruyant, plus animé, un Jane Austen en espagnol bien trop cher pour ce que c'était, des glaces et une exposition en deux endroits à couper le souffle nous ont séduit. Madrid sait comment nous parler, visiblement. Un fou-rire dans un musée à cause d'un peintre dont nous contestons les oeuvres de jeunesse, un Zao Wou-Ki auquel je ne m'attendais pas, Monet transporté à Madrid. Il y avait sa place, croyez-moi. Un autre fou-rire devant une nature morte, un peu à mes dépens, un peu à ceux des deux folles qui ont su me pardonner de passer beaucoup trop de temps devant les oeuvres que j'aime, de m'arrêter, de repartir, de sortir un carnet et noter trois mots, un peu à ceux de ladite nature morte. Je vous expliquerai le citron bientôt. Une gomme que je n'utiliserai jamais s'est forcée un chemin dans mon sac mais heureusement mon corps, las de me soutenir après de nouveau plusieurs heures de marche, a retenu ma main dans l'achat d'un livre de trois kilos. C'est heureux car j'ai déjà dû porter deux gilets et trois écharpes, à l'aéroport, pour fermer mon sac et prétendre avec élégance et distinction qu'il n'était pas lourd du tout, voyons monsieur, vous voyez bien qu'une frêle petite chose comme moi le soulève avec son petit doigt, il n'est donc pas besoin de le peser. J'étais à deux doigts de mettre toutes mes culottes sur ma tête et de prétendre que c'était une création contemporaine achetée dans le Barrio de Chueca.

Madrid, rayonnante encore une fois. Un restaurant qui fermait trop tôt aussitôt abandonné pour un autre ; joli prétexte pour revenir. Quelques verres, et les pavés qui font onduler les hanches des filles. Il y a eu tant de choses, à Madrid, que nous n'avons pas vues, pas découvertes. Pas de glace aux noix de macadamia, pas de chocolate con churros (pas par plus de trente degrés, voyons!), pas de bus 126, pas assez de tout et beaucoup d'inconnues. J'aime qu'il reste un goût d'inachevé, dans un voyage. Prétendre "faire" une ville, "faire" un pays me dépasse. Mais notre Madrid, nous l'avons apprivoisée, câlinée pour que la prochaine fois elle nous réserve le meilleur de ce que nous connaissons et de ce que nous allons y découvrir, de nouveau.

 

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