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30.03.2010


Tard

A ces heures avancées (très) de la journée, je vénère la personne qui a découvert qu'avec des grains de café on pouvait faire une boisson. Café, nectar des Dieux que je délaisse d'habitude, pardonne mon ignorance et ouvre-moi les portes de la connaissance.

 

En attendant, je vais vous envoyer voir ça : oui, oui, c'est ici qu'il faut aller. J'aime. Et particulièrement à 21'33''. J'avais vu ce petit film de Noah and the Whale il y a quelques mois puis l'avais perdu -pour mieux le redécouvrir.

 

(Je n'ai même pas eu le temps de me faire mon "egg-in-the-basket" pour le petit-dej' ce matin. J'ai envie de pain et d'oeuf. Et donc d'acheter le livre que Julien Madérou, jeune designer issu de l'Ecole Boulle, vient de consacrer au pain Poilâne.)

 

Etes-vous déjà volontairement sortis sous une averse torrentielle ou un orage sans manteau ou parapluie d'aucun genre? C'est une sensation formidable. (Un peu comme se baigner tout nu.) (ou manger des oeufs à la coque avec des mouillettes et du gros sel.)

 

 

29.03.2010


Du rose

On m'a demandé du rose. "On", c'est Océane. Eh bien, voilà.

 

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Une biographie de Marie de Medicis

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Des romans

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Un essai un peu pompeux sur le régionalisme

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Un DVD des Demoiselles de Rochefort

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Une association de couleurs très Bollywood

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Un tableau

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Une serviette qui a déteint avec des draps, un tee-shirt, des serviettes de table

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Une paire de chaussures

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un bouquet fané


Des sous-vêtements,
une robe,
deux parapluies
(et un raton-laveur).


28.03.2010


Un week-end à Paris (et un petit noir)


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Des amis, un restaurant, un salon du livre, un passage au cinéma et un petit noir au café du coin. Un week-end à Paris.

 

26.03.2010


Pour occuper les Parques.

J'aurais voulu vous parler de La Nuit aux Etoiles, de Shobhaa De (chez Actes Sud). Pour reprendre le titre du papier de Courrier International qui en parle, ça mélange "femmes en politique, liberté sexuelle ou droit à l'irrévence". Ca se passe en Inde. C'est salutaire.

Le tag sur le rose est à l'état de néant.

Ce midi, j'ai très mal mangé et je déteste ça. (Pauvre petite chérie.) (Mais j'avais envie de tester la salade coleslaw au curcuma.) (Je ne vous y encourage pas.) (Sauf pour l'amour de la science.)

Je passe beaucoup de temps sur twitter : c'est par . (Surtout aujourd'hui parce que j'ai un appel très important à faire pour boucler un dossier et que c'est occupé depuis hier. Je perds donc beaucoup de temps.)

La crise existentielle du jour est liée à la limitation à deux cents livres sur Librarything lorsqu'on n'a pris qu'un abonnement gratuit. Sérieusement, 200 livres? C'est ridicule.

J'ai vu un ragondin ce midi et Emeline a entendu la Marseillaise : il s'agit nécessairement d'un message caché pour soutenir François Morel et ces pauvres bêtes vilipendées que sont les ragondins (esprit de Rosa Luxemburg, es-tu là?). Une discussion sérieuse est en cours concernant la place des loutres dans la classification des bêtes prolétaires. Un comité sera très certainement nommé. Toute opinion sur le sujet est la bienvenue.

Côté musique, je vous incite à écouter l'Oratoire de César Franck. C'est bon pour l'âme. (Je crois qu'on peut le trouver dans youtube en cherchant avec César Franck et le début des paroles.) (Mais je ne suis pas catégorique, je confonds peut-être avec un de mes CD.) (Les paroles de début, classiques comme dans tout oratoire : dextera domini fecit virtutem, dextera domini et exaltavit me.) (La musique sacrée ne s'est jamais vraiment renouvelée concernant les paroles.) (Bande de fainéants.)

J'espère partir tôt du travail ce soir. Vraiment tôt. (Monsieur le dieu du travail, ça veut dire 18h30, pas 20h.) C'est que j'ai du champagne à acheter. (Ou du jus de raisin, hein, on verra.)

En parlant de raisin, j'ai goûté mercredi une liqueur de raisin en provenance directe de la Franche-Comté qui était absolument délicieuse. Soixante degrés de bonheur. Je me découvre depuis quelques années un goût pour les alcools fort qui supplante celui que j'avais pour les alcools sucrés et doux en bouche. Pour vous dire la vérité, quelques gorgées d'un très bon whisky sont suceptibles de faire mon bonheur. Je crois qu'une mutation génétique s'est effectuée à mon insu lorsque j'ai visité la distillerie de Glengoyne après six jours de marche sur la West Highland Way. (Je veux retourner en Ecosse.)

24.03.2010


Chiffon blanc (2)

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(Episode 1 ici)

23.03.2010


La buée d'un baiser

Le souffle court, la main égarée, je tâtonne et ma peau se souvient d'un replis de la tienne, du grain de beauté sur le côté droit de ta poitrine et de ton pied glissant lentement le long de ma jambe.

J'ai rêvé de toi, hier, je rêve éveillée, parfois, et cherche à m'enfoncer le plus souvent possible dans ce monde qui s'anime pour moi devant ces brefs aperçus d'un corps délié sans être anguleux, d'un sourire en coin, d'un coup-de-pied un peu tordu. J'ai la sensation fugace de sentir ton souffle dans mon cou, une impression de lèvres sur le lobe de mon oreille. Je jurerai avoir senti tes dents, l'espace d'une demi-seconde. Les draps sont défaits lorsque je me réveille, moi qui d'habitude -une fois installée pour la nuit- suis semblable à une pierre tombale : pas de mouvement, pas de rêves. Depuis quelques mois pourtant, mes rêves me font monter le rose aux joues et un sourire ému sur mes lèvres pâles.

Deux fois sur trois, je dois me pincer pour me persuader qu'il ne s'agit que d'un rêve. Est-ce la buée d'un baiser, sur mon oreiller? J'étais certaine d'avoir tressé mes cheveux, hier...dénoués en de grandes anglaises, ils me réveillent en se prenant dans ma bouche et mes narines, me volent mes images, m'étouffent. Et ce doux murmure à mon oreille, comme celui d'un coquillage lorsqu'on y écoute, recueilli, la mer, ce ne peut être seulement l'eau qui coule depuis la pomme de douche le long de mon visage, n'est ce pas?, puisque j'y entends ta voix.

Le crissement de ta paume contre mon genoux, la douceur de ton dos contre ma poitrine, un mordillement hâtif sur l'épaule qui donne naissance à une rougeur diffuse, je suis certaine de l'avoir vécu il y a quelques heures. On me répète qu'il ne faut pas que je passe ma matinée au lit mais si j'ai envie, moi, d'y rester quelques heures de plus tous les jours, les paupières à demi-closes, pour faire semblant de dormir encore! Qu'y puis-je, après tout, si le poids des couvertures est le seul qui me donne l'illusion d'être engloutie toute entière dans mon rêve, dans tes bras? Alors qu'en pleine journée je peine à me souvenir du son de ta voix et de la teinte exacte de tes cheveux ma peau assoupie, endolorie, se rappelle que tu avais l'habitude de m'attirer contre toi avant de t'endormir en me souhaitant bonne nuit. C'est ce corps fantôme que je sens, ta barbe de fin de journée sur mon front, râpeuse, la douceur de ton cou contre mes lèvres, l'os de ton épaule contre la mienne, ta main calleuse en coupe sur mon sein, et c'est ton pied qui me dérange alors que je lutte pour trouver le sommeil.

J'ai quatre-vingt six ans, et on m'empêche de te rejoindre.

17.03.2010


Le féminisme n'est pas un gros mot.

Parce que j'en parlais ce matin même à une collègue. Parce que j'ai été outrée de nombreuse fois la semaine dernière, pendant un cycle de séminaire, par des phrases dites naturellement. Parce que rire à certaines remarques est faire preuve d'un esprit particulièrement limité. Parce que le chemin est encore long. Parce que certains perpétuent les clichés et les préjugés. Parce que le féminisme n'est pas synonyme de haine du masculin.

 

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Via End of March

Merci Kate Nash.

 

16.03.2010


Et toi, comment tu lis?

Je lis beaucoup, depuis ma tendre enfance, celle où j'étais une chère petite tête blonde (pas longtemps et seulement l'été). Le goût de la lecture a toujours été ancré en moi, entre les biliothèques -objets de facination- chez mes parents et l'histoire du soir, sans oublier les multiples abonnements aux magazines pour enfants. Popi, Astrapi, Grain de soleil, J'aime Lire, Les Belles Histoires...c'était mon enfance. (Je tiens à préciser que ce billet n'est pas sponsorisé par Bayard Presse mais que toute offre est la bienvenue.) Le premier mot que j'ai lu (pas reconnu, lu) est "vichy" (comme dans la Vichy Célestin. D'ailleurs, je pense que mon papa aimerait bien que je sois sponsorisée.)

Il paraît que je lis très vite, et ce n'est pas faux. Je m'efforce de lire le plus possible mais force est de constater que je lis beaucoup moins qu'avant, malheureusement. Je ne dépasse certains mois pas la dizaine et je ne vous parle pas du mois infamant de juin 2007 où j'ai lu seulement deux livres (et bis repetita en décembre 2008). Mais je vous promets, M. le Président, que j'avais des circonstances atténuantes.

J'aime manger seule, avec un bon bouquin pour seule compagnie, alors parfois je ruse -peut-être une fois tous les quinze jours- pour m'échapper sans paraître trop bizarre et me retrouver comme avec un vieux copain, au soleil sur un banc ou dans un coin isolé.

Je lis tous les jours le mot imprimé qui à mes yeux ne pourra jamais être remplacé par le mot électronique. Je lis au travail, une lecture consciencieuse et du coup "par obligation", où chaque mot à son importance et où l'interprétation doit être exacte. Je lis pour comprendre ce que j'ai lu. Je ne lis jamais un livre ou un article qui se rapporte au travail pour ma lecture personnelle parce que j'adore mon travail au travail mais ça ne me fait pas vibrer pour mes évasions littéraires. Et que je ne comprendrai jamais les gens qui lisent ce type d'ouvrage pour se faire plaisir.

Il y a à mes yeux peu de choses aussi personnelles que d'offrir un livre. Et j'aime en recevoir. Je valide même le chèque-cadeau fnac pour ceux qui ne savent pas quel livre choisir (alors que je diabolise les smartbox).

Jeter un livre est une pratique qui n'a pas droit de cité chez nous. Il n'y a que lorsqu'un livre est rien de moins qu'excessivement mauvais (et il y en a eu, notamment parmi ceux achetés avant un trajet en train), je l'abandonne avec un petit mot sur sa première page dans les transports en commun (ou dans les toilettes d'une gare. Très propres exclusivement. Comme à Limoges Bénédictins. Toute subvention de l'office du tourisme du Limousin est la bienvenue). Les justes mauvais ont le droit de rester au chaud à la maison.

J'ai longtemps classé mes livres par ordre alphabétique et par édition avant de passer à un classement par couleur, puis par taille et nombres de pages, de nouveau par auteur et également par nombre de mots du titre. Ils ne sont désormais pas classés (toutefois, je n'exclus pas une idée bizarre prochainement) mais je sais exactement où est rangé chaque livre chez moi.

Je lis sans marque-page, n'aimant pas cela, et referme mon livre à chaque fois que je vais vaquer à d'autres occupations. Je lis partout : debout, dans le métro, en voiture jusqu'à ce que j'ai mal au coeur, sous la douche, dans la rue etc.

Je lis aussi vite en anglais qu'en français mais je suis une vraie limace en espagnol et ça me décourage un peu. J'aimerais pouvoir lire le russe et l'allemand. Je déchiffre un peu l'italien et le portuguais mais pas assez pour lire un livre en entier (ou même un chapitre d'un livre un peu sérieux). (Non que ça me traumatise excessivement.)

Je lis plusieurs livres en même temps ; je lis pour retrouver de vieux amis et en découvrir de nouveaux.

 

 

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(C'était un tag de Mona.)

 

15.03.2010


Bright Star, a most perfect movie

Quinze jours après avoir vu Bright Star, j'ai enfin digéré assez cette merveille pour en parler un peu ici. A la date où il ne doit plus du tout passer en salle, donc. Logique.

"Le début de votre poème touche à la perfection*" déclare Fanny à un Keats qui vient de publier Endymion. Eh bien, Madame Campion, Bright Star a quelque chose du film parfait et comme l'écrivait Keats "a thing of beauty is a joy forever". (Nous reviendrons plus tard sur le sujet de la bande son.)

La jeune Fanny Brawne (Abbie Cornish dont le jeu ne peut pas être critiqué), dix-huit ans en 1918 -telle que présentée par Jane Campion- possède un je-ne-sais-quoi d'une héroïne de Jane Austen. Talentueuse, pleine de répartie, élégante, affirmant sans pudeur ses opinions préconçues, un peu vaniteuse et pourtant innocente, Fanny est par-dessus tout indépendante. Elle ne se prive d'ailleurs pas de le faire remarquer à Charles Armitage Brown, proche ami, entre le secrétaire, le mécène et le gardien, de John Keats (Ben Whishaw, fidèle au Keats d'Andrew Motion dont la biographie a inspiré Jane Campion), qu'elle va pouvoir vivre de son talent de couturière, au contraire des petits poètes scribouillards qu'ils sont.

Pétrie de préjugés, la jeune femme s'épanouit dans les réceptions mondaines et refuse de serrer la main de Charles Brown (Paul Schneider, le deuxième meilleur acteur du film dont on excusera le terrible et faux accent écossais), irritée par l'image qu'il se fait d'elle. Un solide antipathie doublée d'une incompréhension mutuelle résidera entre eux jusqu'après la mort de Keats et on devra à Brown la réputation de flirt sans esprit de Fanny pendant de nombreuses années après la mort de celle-ci. Keats, quant à lui, n'est que modestement publié et quasiment pas vendu. Attaqué de toutes parts par les critiques, Keats est d'ailleurs mort en se croyant un échec. En 1918, trois ans avant sa mort, le poète soigne (peine perdue!) son frère malade de la tuberculose qui a emporté sa mère et qui lui sera fatale et, peu fortuné, loge chez son ami Charles Brown dans le village d'Hampstead où réside également Fanny. Fanny, douée pour les langues étrangères mais ayant reçu une éducation modeste est intriguée par le jeune poète capable d'écrire des vers qu'elle trouve beau sans les comprendre, ne possédant pas d'affinités particulières avec la littérature et la poésie. L'aura de génie de Keats et ses airs fragiles de pré-tuberculeux conduiront d'abors les jeunes gens à jouer au chat et à la souris, agacés l'un par l'autre. Fanny ne comprend pas la poésie et Keats la trouve trop frivole. Petit à petit, une admiration mutuelle nait de leurs rencontres fréquentes (ils finissent pas devenir voisins) et de l'admiration naît leur amour.

Amour contrarié par Charles Brown qui harangue Fanny et sermone Keats de s'attacher à un flirt au carnet de bal toujours rempli qui ne peut que le détourner de son art en éveillant en lui la vulgarité du plaisir sexuel. Il lui conseille d'ailleurs de coucher avec elle une fois pour toute et d'en finir. Une inexplicable carte de Saint Valentin (affection, solitude ou cruelle moquerie?) sera la limite que Brown n'aurait pas dû franchir, Keats verbalisant pour la première fois son amour. "Les élans du coeur sont sacrés. N'en savez-vous rien?*" Keats ne couchera jamais avec Fanny mais existe-t-il plus sensuel que les deux amants, pleinement habillés mais nichés dans un canapé au mileu d'une pièce à demi-éclairée, la tête de Keats sur le giron de Fanny, s'échangeant les vers de La Belle Dame sans Merci?

Si la poésie n'est pas aussi naturelle que le sont les feuilles à un arbre, alors il faudrait mieux qu'elle ne soit pas*, explique Keats à Fanny.

Ne tombant jamais dans le cliché (et Dieu sait que l'amour tragique d'un des plus grands poètes britanniques mort à vingt-six ans de la tuberculose peut-être source infinie de clichés), le film de Jane Campion n'est porteur que d'une infinie beauté. Comme les vers de Keats, qui gagnent en force à chaque relecture, les émotions transmises par la caméra sont pures et puissantes. Aucun film ne pourra jamais retranscrire le processus créatif mais Bright Star donne au spectateur l'illusion de les entendre pour la première fois. Si encore quelques salles en France diffusent le film, courez-y et je vous assure que vous voudrez rester (pour ceux d'entre vous qui n'ont pas l'excellente habitude de déjà le faire) jusqu'à la fin des crédits pour entendre Ben Whishaw égrenner les vers d'Ode to a Nightingale. La bande-son (je vous avais promis d'y revenir) ne comporte presque pas de musique mais prend l'audacieux parti de faire lire certains poèmes de Keats aux deux acteurs principaux. L'exception à cette lecture est de taille : le compositeur a adapté -sous le titre Human Orchestra- pour voix humaines la sonate KV 361 en si bémol majeur de Mozart. L'adaption est hypnotisante (et inspirée d'une lettre de Keats) mais je regrette que le son des voix soit si synthétique. Un film de la qualité de Bright Star exigeait le meilleur de sa bande-son et, même si j'écoute celle-ci non stop en ce moment, ce n'est malheureusement pas le cas.

Jane Campion n'a pas rendu le spectateur aveugle à l'hypocrisie sexuelle qui règne : Fanny et Keats, qui finissent par partager la même maison mitoyenne et séparés par un simple mur, ne peuvent se marier à cause de la pauvreté du poète (la mère de Fanny repoussant le plus longtemps possible leurs fiançailles pour cette raison) mais Brown peut s'affranchir des classes sociales pour passer du bon temps avec la servante des Brawne. Longues conversations, lettres et poèmes seront les seuls moyens autorisés aux jeunes gens pour sublimer leur désir. Avec l'absence vient la jalousie -pour John Keats- et la torture de l'attente ("Est-ce cela, l'amour? Je ne m'en moquerai plus jamais*") -pour Fanny, magnifiquement représentée par les papillons que la jeune femme élève dans sa chambre mourant un à un et devenant poussière là où quelques jours auparavant ils resplendissaient de toutes leurs couleurs. Funeste évanescence, préfigurant la silencieuse procession funéraire de Keats, à l'aube, à travers la Piazza di Spagna désertée.

L'hiver anglais qui devait achever Keats, gravement malade, le rattrape en Italie où il est parti, loin de tous, ne pouvant refuser le billet que ses amis se sont cotisés pour lui acheter et portant par là-même un coup fatal à son idylle. Charles et Fanny cèdent à la fiction selon laquelle il reviendra guéri et doivent faire des adieux qu'ils savent être les derniers en prétendant qu'ils croient à un futur commun. La honte de l'avoir laissé partir est incommensurable et c'est Brown qui lira la lettre de Severn, seul ami parti avec Keats, annonçant le décès de son meilleur ami.

Bright Star, le sonnet, est l'incarnation tragique de ce qui était le plus cher à Keats : la superbe légèreté du génie de la poésie et son amour pour Fanny. A sa mort, il a cru que les deux, pourtant à sa portée, lui avaient échappé.

 

 

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* Traduction libre des dialogues suivants :

"The beginning of your poem has something very perfect."

"There's a holiness to the heart's affections. Know you nothing of that?"

"If poetry does not come as naturally as leaves to a tree, then it had better not come at all."

"Is this love? I shall never tease about it again."

 

 

09.03.2010


Bêtises de Cambrai

"Tu m'as dit de faire un trou mais attends, c'est de la fabrication française, pas de la merde chinoise ces trucs là. Limite il aurait fallu que j'y aille au chalumeau pour réussir quelque chose."

Voilà ce qu'on entend lorsqu'une boîte de Bêtises de Cambrai récalcitrante entre dans la maison. Ou comment vanter les mérites du made in France.

 

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(La tentative de trou)

Mais bon, outre l'étude profonde des segments économiques du marché de la Bêtise de Cambrai, la vie de couple amène aussi parfois des affirmations fracassantes. Parce que le même soir, la déclaration suivante a eu lieu : "mon amour a une limite, ça s'appelle le périphérique". Ma mère a toujours dit qu'il fallait savoir à quoi s'en tenir lorsqu'on s'engageait dans une relation sérieuse.

 

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