22.06.2010
Quart de soupir ; rinforzando. Et cadence parfaite.
Dans un appartement parisien, ou ailleurs, qui sait, entre deux gorgées de ce vin qui donne aux papilles une vie propre et aux sourires quelques secondes supplémentaires, la lumière filtre au travers de vitres qui pourraient être un peu plus propres et deux rayons semblent se frayer avec difficulté un chemin jusqu'aux lattes de parquet. Il s'agit de cette lumière pure qui, emprisonnée dans un appartement, semble donner une vie à tout ce qu'on ne voit pas. Le parquet tremble en apesanteur et la rose solitaire oubliée dans un vase possède la beauté du gisant. Quelques accords résonnent, ou ne serait-ce qu'un pupitre qui vibre par sympathie avec la corde d'un sol caressée de la pulpe du doigt? Ou peut-être n'est-ce qu'une rêverie. Deux silhouettes, en tout cas, paraissent appartenir à l'encadrement de la porte du salon ; légèrement penchées l'une vers l'autre, une question sur les lèvres et une main doucement posée sur un avant-bras vêtu de noir. Ou dévêtu jusqu'au coude, une chemise négligemment retroussée. La main est là, légère, discrète. Si elle se retire, son absence pointera bien plus vivement sa présence passée que sa présence actuelle ne le fait. Le fantôme de la main, peau contre peau, quelques centimètres séparant la vie qui circule -car qu'est-ce qu'un épiderme après tout sinon une enveloppe malléable aussi prête à nous séparer du monde qu'à s'étirer afin de faire résonner ceux qui se ressemblent à la même cadence?-, le fantôme de la main, donc, ne pourra qu'attirer l'attention des deux et faire vivre cette gêne qui empêche les gestes trop spontannés et transforme chaque pensée en manuel stratégique. La question a été posée et l'interrogation qui sourd à la commissure de ses paupières s'apaise lorsqu'elle entrouve ses lèvres et commence à tisser quelques mots sur son souffle, cette colonne d'air qui soutient ses mots, sa vie.
Dis-lui, murmure-t-elle, dis-lui que tu resteras à ses côtés quelques soient ses choix, peu importe ce qu'elle fasse, peu importe ce qu'elle dise, aussi longtemps qu'elle restera fidèle à ce qu'elle est et même si elle s'en éloigne un peu, par moments. Dis-lui que tu seras là. Dans un an, dans cinq ans, dix ans, pour toujours. Que tu seras là si elle change d'avis mais que tu seras aussi présent si elle ne le fait pas. Dis-lui que le nombre de mois et de saisons ne compte pas, que l'amitié est une forme très puissante d'amour et que cet amour peut être perturbant. Dis-lui que si tu dois être dans sa vie, elle voudra un ami comme toi. Même si vous vous connaissez peu, finalement ; parfois il suffit de quelques mots écrits et d'un couple d'heures.
Dis-lui, affirme-t-elle, sa voix plus sûre se faisant porteuse de ses convictions, dis-lui que tu seras son ami au travers des moments douloureux et tout au long des souvenirs heureux. Dis-lui que tu prêteras ton épaule, ta tête et ton rire et que chaque fois que tu la serreras dans tes bras tu essayeras de ne pas prendre ce qu'elle ne souhaite pas donner et de ne pas donner ce qu'elle ne souhaite pas recevoir. Dis-lui que, même si tes poumons te font défaut parfois, lorsqu'ils se referment en étau sous l'effet de la douleur, tu resteras dans sa vie. Dis-lui de ne pas faire trop attention quand tu seras un peu irritable ou que de temps à autre, chaque mouvement du monde te rendra triste.
Sois présent, et espère. Ce sera ta bataille la plus héroïque. Joue de la musique à son âme, écris à son esprit, lis de la poésie à son oreille et demeure intègre. Offre-toi en véritable ami, celui qu'on ne rencontre qu'un fois dans sa vie, lorsqu'on a beaucoup de chance ; ne te perds pas en chemin. Elle t'aimera. Si tu ne connais pas déjà le profond amour de l'amitié, sois surpris par son existence. Si tu l'aimes -et elle chante presque alors qu'elle égrène les mots- dis-lui que tu lui offriras cette amitié qui est encore plus rare que l'amour. Et respecte le sien. Si tu l'aimes, nourris-toi de ce que tu as jusqu'à ce que tu comprennes que tu es devenu l'une des personnes les plus importantes de sa vie. Qu'il n'y ait que de la passion dans tes sentiments mais que chaque morsure de tes lèvres sur tes mots soit empreinte d'un peu de sophrosunê, cette tempérance grecque qui calme les excès de ce romain barbare que nous sommes tous un peu.
Si tu l'aimes, dis-le lui. Mais ne fais pas ce serment légèrement car alors tu devras rester fidèle à tes mots. Si tu l'aimes, sois son ami. Son souffle décroît, ritenuto, ses lèvres qui ont fait saigner le verbe se referment délicatement et la lumière d'été tardive se pose avec une vigueur renouvelée sur la main qui est restée posée sur l'avant-bas offert ; deux sangs battant au son d'une armure complémentaire et selon des mesures chiffrées de la même manière. J'aimerais un ami comme toi dans ma vie.
11:57 Publié dans 783 et tous 784.19 Le chant de l'oiseau moqueur, 810 et suivants, Impressions littéraires | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, cadence, ritenuto, âme, poésie, épiderme, accord, gisant, lumière
12.06.2010
Blanc
18:18 Publié dans 779 et 791, Une lentille ou un écran | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10.06.2010
Et si vous alliez écouter ça?
Schumann dans toute sa splendeur sur mon petit tumblr.
Mondnacht
Es war, als hätt’ der Himmel
Die Erde still geküsst,
Dass sie im Blütenschimmer
Von ihm nun träumen müsst.
Die Luft ging durch die Felder,
Die Ähren wogten sacht,
Es rauschten leis’ die Wälder,
So sternklar war die Nacht.
Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande,
Als flöge sie nach Haus.
Moonlit Night
It was as if the heavens
Had kissed the earth in silence,
And the earth, its shimmering blooms,
Dreamt of heaven alone.
A breeze blew through the fields,
The grain swayed gently
The trees shook softly,
The night was bright with stars.
And my soul
Spread wide its wings
And soared through the silent world
As if flying home.
18:43 Publié dans 783 et tous 784.19 Le chant de l'oiseau moqueur | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : schumann, mondnacht, opus 39
07.06.2010
Salive
21:43 Publié dans 912, Derrière le rideau du réel -et parfois devant | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
04.06.2010
Euphorie
01:09 Publié dans 120, Un petit peu de moi | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, pointes, paris, sacré-coeur, bulles
01.06.2010
Dans exactement 24h, je crois que je serai vexée.
Voilà tout.
Ceci était la conclusion d'une journée parfaitement inutile pendant laquelle j'ai perdu du temps à rentrer toutes mes heures du mois de mai (mais c'était de ma faute, j'ai oublié de les comptabiliser régulièrement) (pic d'activité le 6 mai : journée de 17h, à peu près. On n'est plus à quelques minutes, vous me direz), à essayer d'analyser un document très très très ennuyeux (usage d'un doux euphémisme) et, surtout, surtout, à rafraîchir constamment ma boîte e-mail pour voir si on m'avait répondu. La réponse est non. C'est très agaçant.
18:57 Publié dans 165, Pourquoi? | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
31.05.2010
Requiem pour un con
Stupide. Il l'était tellement que ça passait, au premier abord, pour du talent.
Egoïste, orgueilleux -le moindre de ses torts!-, étriqué, imbu de son esprit et cultivant le mystère, il avait tous ces défauts que même une ironie mordante ne peut rattraper. Quel dommage que cette ironie ait été absente de ses quelques qualités! Présente, il aurait pu faire illusion plus longtemps, à savoir quelques heures et surtout par écrit. Une façade morcelée pour cacher la misère, aux stucs en lambeaux et aux dorures passées, digne de ces bâtiments au-delà de tout espoir de rénovation qui se putréfient sur pied et s'enfoncent lentement dans la vase de la lagune de Venise.
Une coquille vide, un être insignifiant : l'essence même de son âme. Il s'approprie ce qu'il croit être les croyances des autres et s'en nourrit voracement, il s'imagine maîtriser leur raison et la plie à ses pulsions. Il ne désire rien tant que d'énoncer ces phrases, mâchées et régurgitées, comme autant d'apophtegmes dont il ne sera jamais l'auteur. Il s'habille de pensées qui ne sont pas les siennes et se cache derrière des mots qui ne lui appartiennent pas. C'est là lâcheté suprême.
Il croit marquer son chemin où qu'il aille. Ne te leurre pas, souhaite-t-on lui crier, ne te leurre pas, tu ne marques rien et encore moins les vivants. Personne n'emportera rien de toi, pas même l'ombre d'un souvenir désagréable. Une irritation, à la limite, de celles que provoquent les chatons et graminés divers des champs de blé qui s'accrochent à tout ce qui les frôle, avec insistance mais sans discernement. Rien d'assez persistant pour provoquer une réminiscence douce-amer,
Je t'enterre d'ores et déjà sans fleur ni couronne, encore moins de larmes et, je dois l'avouer, avec une certaine jubilation. La terre n'est pas moins vide sans toi. Ton égo surdimensionné croit sans doute encore que tu y as ta place. Débats-toi, tant que tu le souhaites, mais ne pense pas faire autre chose que sombrer car tu cours vers la seule issue possible : la mort sans espoir d'immortalité.
11:36 Publié dans 810 et suivants, Impressions littéraires | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note